Tête-à-tête avec Cofee
Artiste français né en 1990, son pseudonyme « Cofee » lui vient des premières toiles qu’il peignait avec du café. Autodidacte, il compose ses figures humaines et animales avec sa technique du « calligraffiti » qui mêle la rigueur de la calligraphie au mouvement libre du tag.
Comment en es-tu venu au street art ?
Je dessine depuis que je suis tout petit. Ça vient du côté de ma mère. Elle dessinait pour le plaisir dans son atelier, ça m’a donné la fibre. J’ai continué ponctuellement jusqu’au lycée. J’ai eu le déclic à cette époque en rencontrant à Riom une clique de graffeurs, dont Rino. J’étais déjà dans le hip-hop, je faisais du breakdance. Quand j’ai vu ce qu’ils réalisaient sur les murs, ça m’a donné envie.
J’ai commencé par faire des portraits sur toile. Le premier, c’était George Brassens, que j’ai voulu offrir à mon père. Il était en noir et blanc mais je trouvais que ça manquait de quelque chose. J’ai ajouté du café pour donner un effet sépia à ma toile. J’ai ensuite fait toute une série de toiles au café, d’où mon blaze. À force de faire des toiles, j’ai vite manqué d’espace et j’ai eu envie de voir mon travail à grande échelle.
J’ai graffé mon premier portrait à Riom. J’ai aussi fait un peu de lettrage, mais ce sont les visages qui m’intéressaient. Avec mon premier mur, j’ai chopé le virus et c’était parti. Je suivais des études à distance, je travaillais comme surveillant et en même temps, je faisais mes armes dans le graffiti.
Ensuite, il y a eu le projet de la Sainte-Manu, avec Rino. C’est une ancienne manufacture de tabac à Riom. On a entièrement repeint le bâtiment de 15 000 m² entre 2016 et 2021. Au début sans autorisation, on a été tolérés petit à petit. Ça se passait bien et on a obtenu des propriétaires une convention d’occupation à titre gratuit. Un projet d’une telle ampleur, ça forge et ça te donne confiance pour la suite. Sans compter tous les projets et les rencontres qui découlent directement de notre aventure.
Le graff est resté dans mes veines et ça fait maintenant 15 ans que je peins de manière très active.

Quelles sont tes influences ?
Ce qui me donne de l’énergie, c’est le hip-hop, le rap, la beat box, le breaking. Je fais même partie du collectif Supreme Legacy à Clermont-Ferrand. Mes premiers portraits représentaient des figures que j’aime dans le hip hop comme les rappeurs Tupac, Notorious B.I.G. etc. Petit à petit, je me suis détaché des portraits des gens connus, pour qu’on reconnaisse mon style et pas la personne. J’aime travailler le regard, j’essaie de transmettre quelque chose à travers.
Les influences peuvent venir des rencontres, de la nature, des envies du moment et du mouvement graffiti en général.
Comment en es-tu venu au calligraffiti ?
C’est un mouvement global qui regroupe pas mal de peintres. Lors d’un jam graffiti à Angoulême, j’ai rencontré l’artiste Esor qui travaillait la calligraphie sur bois. On s’était bien entendus, je l’ai invité à peindre en Auvergne. Il m’a initié à la calligraphie pendant une soirée. J’ai adoré, c’était inné pour moi. Je me suis beaucoup exercé. Je faisais déjà des portraits en noir et blanc et je me suis demandé si je pouvais ajouter cette gestuelle calligraphique à mon travail. J’ai donc testé cette technique sur un portrait de Tupac, sur feuille A4. J’ai eu de bons retours sur le rendu et ça m’a encouragé. J’ai continué de perfectionner cette approche et j’ai construit mon style petit à petit.
Comment prépares-tu la composition de tes œuvres ?
Je n’ai pas vraiment de projection, je suis beaucoup dans le freestyle et le geste. Je démarre avec une esquisse au crayon à papier. Je réalise un fond, souvent à la bombe et à l’acrylique puis j’applique mes motifs du sombre au plus clair. Je commence avec le noir que je dilue au fur et à mesure avec de l’eau. J’obtiens ainsi plusieurs nuances allant du noir au gris clair. Ensuite, je fais les ombrages à la bombe et à l’aérographe. Je finis avec les lights. Là, c’est l’inverse, je commence avec des blancs dilués et je vais jusqu’au blanc pur.
Je cadre généralement mes compositions uniquement sur le visage, en close up. J’aime vraiment l’impact, que ce soit sur mur ou sur toile.
Pour mes modèles, avant, je cherchais comme tout le monde sur Pinterest, mais au bout d’un moment, c’était vu et revu. Maintenant, je travaille avec l’IA afin d’avoir mes propres modèles, sur lesquels je viens appliquer ma patte calligraphique. Souvent, je mélange plusieurs images en prenant des éléments à droite à gauche, pour avoir une composition unique.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans la pratique de rue et celle d’atelier ?
La pratique de rue, c’est mon top 1. Ça a plus d’impact. Tout le monde peut en profiter et voir la construction de l’œuvre. Moi qui aime beaucoup la gestuelle, sur un mur, tu peux lâcher le mouvement plus loin, faire des traits très longs à la bombe ou au pinceau.
J’adore le contact, l’être humain. Ce qui est le plus satisfaisant, c’est l’échange avec les gens. C’est un vrai plaisir de pouvoir lâcher le geste et de voir ce que mon travail donne en grand.
Le ressenti en atelier est différent, c’est le confort d’être en intérieur et donc des conditions stables pour peindre. L’atelier, c’est le laboratoire avant de sortir dehors. Je perfectionne les techniques sur toiles. C’est le confort et l’expérimentation.
Je suis heureux de savoir que les gens m’intègrent dans leur vie avec les toiles et les prints qui viennent décorer leur domicile et qui partent dans le monde entier. J’aime bien cette idée de « coloniser » les intérieurs.
Sens-tu une évolution dans ton style, tes techniques, ton approche ?
Maintenant, je préfère éviter de faire les gens connus, pour être reconnu pour ma patte. Je faisais surtout des visages humains et j’ai progressivement basculé vers les animaux, même si je fais encore des portraits.
J’aimais beaucoup charger mes compositions. Maintenant, je suis dans une démarche inverse, j’essaie d’épurer mon travail. Là où je mettais plusieurs coups de pinceaux, je n’en mets plus qu’un seul qui fait le même job. J’ai ajouté la couleur petit à petit. Au début, c’étaient des touches dans les yeux, puis j’en ai mis dans mes fonds et maintenant sur le portrait lui-même.
J’ai découvert de nouvelles techniques en faisant des toiles, par exemple le « finger touch », quand j’utilise mon doigt ou ma main comme tampon pour reproduire une forme. J’empile des petites techniques au fur et à mesure.
J’aime toujours autant le calligraffiti, mais je ne veux pas m’enfermer dedans, c’est pourquoi je travaille aussi le réalisme en gardant quand même des notes de calligraphie typiques de mon travail. Sur ma dernière fresque à Saint Eloy, je n’ai pas fait de calligraphie, juste du réalisme. J’adore la calligraphie, je veux garder une base connaissable, une ligne conductrice, mais j’aime aussi expérimenter.
Quels sont les messages que tu souhaites transmettre à travers tes œuvres ?
Je préfère ne pas passer de message pour laisser les gens se faire leur propre interprétation. Ce que je veux, c’est que l’image parle directement à celui qui la regarde. L’idée c’est « fais-toi ton propre message ».
En ce moment, sur quoi travailles-tu ? Envisages-tu d’explorer de nouvelles voies ?
Je travaille sur des portraits colorés, ce n’est pas vraiment une nouvelle voie mais plutôt une voie « en cours d’exploration ». Je reste sur mon équilibre entre humains et animaux.
Je prévois également un petit retour aux sources en réalisant quelques toiles au café.
Pour les futurs axes graphiques et directions, je réfléchirai à tout ça après mon solo show à Nest Gallery.

