Tête-à-tête avec Arpe One

Né en 1998, Arpe One explore l’art urbain dès l’âge de 13 ans dans les rues d’Aix-en-Provence, dont il est originaire.
Il fabrique lui-même ses pochoirs, qu’il incorpore sur des fonds colorés avec des lettrages graffitis. Instinctivement, l’artiste illustre des enfants, qui résonnent en lui comme les symboles d’un désir universel de retour à l’innocence.

Comment en es-tu venu au street art ?
J’ai commencé à 13 ans avec mon cousin. Au début, on faisait des graffitis sur des cahiers. Ensuite, on a acheté en douce nos premières bombes pour peindre dehors en vandale, sur les autoroutes et les toits, dans les terrains vagues et le métro, à Aix-en-Provence et Marseille. J’ai fait ça pendant 5 ans de ma vie, en parallèle de l’école, à rentrer à 4h du matin ; ma mère qui me cherchait partout.
Je m’y suis mis à fond. On a créé le crew AMC. On a beaucoup peint avec des graffeurs influents de la région. Après la séparation du crew, j’ai fait une pause sur le graffiti en extérieur, mais ça me faisait encore vibrer alors je me suis mis à faire mes premières toiles, du graffiti pur et dur sur toile. Le pochoir est venu plus tard en 2017.
Arrivé au moment de passer le bac, 4 mois avant, j’annonce à ma mère que j’arrêtais l’école pour me lancer dans la peinture. Mon but était d’être un artiste professionnel. Au début, je travaillais dans des restaurants pour me faire un peu de sous. J’ai fait mes premières expositions à Aix-en-Provence, dans des petits commerces et des restaurants. En 2019, j’ai fait mon premier Sm’Art [ndrl Salon Méditerranéen d’Art Contemporain à Aix-en-Provence] où j’avais mon propre stand. J’ai persisté en peignant dans ma chambre de 9m². En 2019-2020, j’ai eu mes premières expositions à Paris et donc mes premières ventes et mes premiers clients. Suite à ça, j’ai pu continuer dans la rue mais légalement, avec des commandes à Aix-en-Provence, Puyricard, etc.

Arpe One, 2022, Le Repère, Aix-en-Provence

Quelles sont tes influences ?
Je puise dans la rue. J’aime l’aspect brut d’un mur, c’est ce que je veux retrouver dans le fond de mes toiles.
En terme artistique, les grands maîtres m’inspirent, comme Pablo Picasso et Paul Cézanne. C’est surtout pour leur Génie. Ils ont réussi à créer à partir d’inspirations communes une démarche devenue mythique aujourd’hui. Inconsciemment, on s’inspire de tout, on voit beaucoup de choses. Dans le graffiti, je n’ai rien inventé. Les premiers ont été pour le graff Tilt, Cope2 et Futura 2000. Pour le pochoir, c’était Banksy, même si je ne travaille pas le pochoir comme lui. Je cherche le détail de fond et lui a un message plus politique et engagé. J’accentue le fond pour lui donner un aspect mural et j’inclus toujours un bout de mon blase « ArpeOne ».

Comment prépares-tu la composition de tes œuvres ?
Je commence par une première couche unie au rouleau, puis j’ajoute des tags, en superposition. Une fois le fond prêt, je me pose la question du pochoir que je veux faire. Je le fais en fonction du fond et du format. Le pochoir, c’est le dernier élément ; je mets vraiment l’accent sur le fond.
Je fabrique mes pochoirs avec Photoshop, grâce à une base de photo que j’imprime et que je découpe moi-même. Pour chaque pochoir, il y a 2 découpes : avec un patron noir et un patron blanc. J’utilise le motif de l’enfant. À travers l’innocence et la pureté de l’âme qu’il incarne, je peux passer un maximum de message. Cela évoque aussi le désir de retour en enfance et les souvenirs de gosse. Tous mes pochoirs sont uniques. Dans les rares cas où j’utilise à nouveau un pochoir, je le réimprime et je le redécoupe. Je reprends tous mes pochoirs aux feutres blanc et noir pour les détails. Il y a donc aussi un travail de dessin à la main au feutre acrylique. Je remets un coup de vernis pour gommer le trait du feutre et donner un aspect lisse.

Peux-tu nous en dire plus sur ta série kraft ?
J’ai vu pas mal d’artistes faire des œuvres sur toile marouflée de papier, comme Mihoub. Ce côté timbre-poste m’intéressait. Un jour, on m’a offert un énorme rouleau de kraft, ce qui m’a donné envie d’essayer.
D’abord, je prépare le fond de ma toile de manière indépendante. Je tends au mur une feuille de papier kraft, que je peins aussi, puis je la découpe et je la recompose sur la toile. Je laisse dépasser le kraft de la toile, pour accentuer ce côté timbre-poste. Je le vernis et je viens le maroufler afin qu’il n’y ait pas de bulle. C’est assez technique à maroufler de par la finesse du papier pour faire en sorte que la toile et le kraft ne fasse qu’un.
Cette série me plaît beaucoup, je m’éclate avec. Je l’ai commencé en septembre 2024. Elle me nourrit beaucoup et je la continue encore.

Arpe One, Sunset kiss, 2025, technique mixte sur toile et papier Kraft, 92 x 73 cm

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans la pratique de rue et celle d’atelier ?
Dans la pratique de rue, tu peux faire ce que tu veux sur n’importe quel support, et il y a l’adrénaline. Je travaille plus l’écriture du blase, le lettrage. C’est du graffiti pur, je n’utilise pas le pochoir.
En atelier, tu as le temps de faire contrairement à la rue. Tu es tranquille pour chercher et refaire. Il y a le droit à l’erreur.

Sens-tu une évolution dans ton style, tes techniques, ton approche ?
Au début, j’avais un style plus naïf. Je n’osais pas trop mettre des mots, des lettres. Maintenant, c’est beaucoup plus net, mes lettres sont moins fouilli. Ma combinaison de couleurs est plus réfléchie. Je mets plus de détails dans les pochoirs, j’ai amélioré la découpe. Je n’ai plus peur de faire des pochoirs détaillés. Par exemple, le pochoir de voiture demande beaucoup de précision et de perspective. Ma découpe est artisanale, sans machine.
Avant, je faisais un sol gris qui prenait toute la toile. Maintenant, je fais quelque chose de plus discret, moins brut. Cela prenait trop de place sur la toile, je l’ai enlevé instinctivement.

Quels sont les messages que tu souhaites transmettre à travers tes œuvres ?
L’innocence, la paix, et l’amour parfois. Le côté rêveur de l’enfant, comme le rêve d’avoir une belle voiture.

Arpe One, Vintage Porsche, 2025, technique mixte sur toile, 114 x 146 cm

En ce moment, sur quoi travailles-tu ? Envisages-tu d’explorer de nouvelles voies ?
Je veux me concentrer sur les formats papier, comme le kraft, mais différemment. J’aimerais faire de très gros formats en atelier. J’ai aussi envie d’ajouter du pastel dans mes fonds. Travailler le fusain également m’attire, pour explorer le monochrome.

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