Tête-à-tête avec Brice Gelot

Premier Photographe à intégrer la galerie, Brice Gelot interpelle avec sa photographie brute et puissante, documentant la culture de la rue et la communauté du tatouage à travers le monde.

Parle-nous de ton parcours / tes débuts ?
J’ai commencé la photographie en 2004, en autodidacte. À mes débuts, je faisais surtout des photos pour mon skateshop local, puis pour des teams professionnelles, des marques et des magazines.
Progressivement, je me suis intéressé au milieu du tatouage, qui à l’époque était encore très mal perçu. J’ai alors ressenti le besoin de documenter ce qui dérangeait, ce dont personne ne voulait vraiment parler.
Dans ma ville, il y avait un squat, un espace autogéré par des punks. Ça a été mon premier vrai pas vers la documentation de la vie de personnes en marge de la société. Pour moi, tout a réellement commencé à partir de là.

Comment en es-tu arrivé à photographier la Mafia italienne ?
Beaucoup de recherches, énormément de messages et de prises de contact. Je connaissais quelqu’un dont la famille vit à Naples, et grâce à lui j’ai rapidement été mis en contact avec des membres de la Camorra. Après avoir vu mon travail, ils m’ont invité à venir chez eux, à la Scampia.
Ensuite, tout repose sur la confiance. En tant que photographe et photojournaliste, je reste neutre, sans jugement.
Avec le temps, je pense que la notoriété fait le reste : elle ouvre des portes, que ce soit auprès de gangs ou d’autres organisations criminelles, dans différents pays, qui me demandent de venir documenter leur quotidien.

Comment choisis-tu tes destinations? Comment se prépare une immersion? 
Mes destinations se choisissent souvent à travers les rencontres et les opportunités. Un contact en amène un autre, puis une histoire en appelle une nouvelle. Je ne pars jamais au hasard : chaque lieu a une raison, un contexte, une nécessité.
Une immersion se prépare sur le long terme, en général sur environ un an. Il y a beaucoup de recherches en amont et de nombreux échanges : ce sont souvent des mois de discussions avant même de mettre un pied sur place. Une fois sur le terrain, il faut aussi du temps, de la discrétion et surtout de l’écoute. L’objectif est de comprendre avant de photographier, et de s’intégrer sans jamais s’imposer. Je reste plusieurs mois sur place, jusqu’à devenir presque invisible, ce qui rend mes images encore plus authentiques.

Thao se faisant raser le crâne à Liem Barber, membre de Vietgang/Vietmonster – Saigon/Ho Chi Minh City, Vietnam

Tu peux nous parler un peu de tes conditions de travail? Ta sécurité, les moyens mis en place par les chefs de gang pour te permettre de les intégrer au mieux ?  
Il n’y a pas de sécurité au sens classique du terme, parce que le risque zéro n’existe pas. Je pars toujours seul sur mes reportages, donc tout repose encore une fois sur la confiance mutuelle.
Il n’y a pas vraiment de dispositifs mis en place pour m’intégrer : tout se fait de manière très organique. Je suis invité à les suivre, à passer du temps avec eux, à partager leur quotidien. Ce sont des environnements où il est impossible de tout organiser ou de tout planifier à l’avance à cause de leur mode de vie.
Il faut être présent au bon moment, accepter l’imprévu et s’adapter en permanence. Mon travail se fait dans l’instant, au rythme de ce qui se passe sur le terrain.

Tu apparais souvent masqué. Est ce qu’il y a une raison particulière? 
Oui, il y a plusieurs raisons. Le masque est né avec les réseaux sociaux. Je ne voulais pas que l’on me regarde moi, mais ce que je crée. En cachant mon visage, je mets mon travail au premier plan, là où il a toujours dû être, puis c’est devenu une signature.
Être masqué ne supprime pas l’identité, il la transforme. Il crée une distance qui invite à regarder autrement : moins qui tu es, plus ce que tu fais.

Pourquoi est ce que tu travailles exclusivement en noir et blanc et avec une focale de 35mm ?
À mes débuts, dans les années 2000 et en argentique, les films noir et blanc coûtaient moins chers que la couleur. Étant étudiant, c’était donc la meilleure option financièrement.
Quant au choix de travailler avec une focale fixe de 35 mm, c’est parce que cette distance focale capture un champ de vision proche de ce que l’œil humain perçoit. Cela me permet d’obtenir un rendu authentique : je me déplace, je crée ma composition et reste au plus proche de mon sujet.
Je travaille également sans flash, uniquement à la lumière naturelle, et toujours en format paysage. Encore une fois, c’est pour être plus libre dans ma composition et rester au plus proche de la réalité que je veux raconter.

Juliana et Nicole pose dans un lowrider, membre de gang à Compton – Los Angeles, USA

Sens-tu une évolution dans ton style, tes techniques, ton approche ? 
Oui, clairement. Mon travail a beaucoup évolué avec le temps, même si l’essence reste la même. 
Aujourd’hui mon travail est plus documentaire grâce à tout ce que je vis dans mes reportages, les influences que je rencontre etc..
Voir la violence et la pauvreté peut me choquer et me blesser, mais si je les transforme, elles peuvent aiguiser mon regard, renforcer mon empathie et donner du poids à ce que je dis ou crée. Ce n’est pas la dureté du monde qui me change en bien, c’est ce que je choisis d’en faire.
Techniquement, j’ai affiné ma manière de travailler, je vais davantage à l’essentiel et je fais toujours confiance à mon instinct.
Mon approche a aussi changé car je me concentre sur l’immersion, sur la relation avec des communautés et sur la compréhension du contexte. Ce sont eux qui dictent le rythme, et c’est là que mes photos deviennent authentiques.

Quels sont les messages que tu souhaites transmettre à travers tes photos? 
Mon travail cherche avant tout à montrer la vie telle qu’elle est, dans toute sa réalité brute. Je m’intéresse particulièrement aux personnes en marge de la société — membres de gangs, sans-abri ou personnes confrontées à des addictions — et je tente de raconter leur quotidien avec authenticité. L’idée est de susciter de l’empathie et de faire réfléchir, tout en montrant la force et la résilience de ceux qui affrontent l’adversité.
Pour moi, la photographie est un outil puissant. Elle peut éveiller les consciences, briser les stéréotypes et ouvrir le dialogue sur des sujets importants comme la pauvreté, la violence de rue ou les droits humains. Mon objectif est de donner une voix à ceux qu’on n’entend pas assez et de montrer des réalités souvent ignorées.

En 2025 tu as publié un corpus d’œuvres. Tu peux nous en dire plus?
Cela me permet de mettre mon travail en valeur autrement que par des expositions et de créer un héritage physique.
Cette collection de livres, issue de mes reportages à Naples, Los Angeles, Saigon/Ho Chi Minh City, Mexico City…, se décline en deux éditions : une version archive avec mes notes personnelles et une version art book.

En ce moment, sur quoi travailles-tu ? Envisages-tu d’explorer de nouvelles voies ?
En ce moment, je travaille sur des side projects, notamment des collaborations avec des marques et autres artistes.
Récemment, et en lien avec NSD51/50 Studio, j’ai également créé NSD51/50 Collective, une organisation culturelle dédiée à la photographie visant à favoriser la créativité, l’innovation et la diversité dans les arts photographiques. Dans ce cadre, je propose des ateliers, des lectures de portfolio et des programmes de mentorat.

La série Straight out the hood a valu à Brice Gelot le prix du meilleur photographe sélectionné à la Hamburg Portfolio Review et le troisième prix au World Masters of Photography en 2024. Il a également reçu le troisième prix dans le magazine AAP36 pour la même série en 2023.
Son travail a été inclus dans des expositions telles que Art Basel à Miami, la Biennale Artbox Expo à Venise et la Glasgow Gallery of Photography. Sa photographie a également été présentée dans des publications telles que Vice et LensCulture, contribuant à sa reconnaissance dans la communauté internationale de la photographie.

Art Basel, Miami, 2022

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