Tête-à-tête avec RNST
Issu de la scène street art, RNST développe depuis les années 90′ un langage visuel singulier mêlant pochoir, sérigraphie et peinture.
À travers des images fortes et fragmentées, il interroge les tensions sociales et politiques contemporaines.
Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a amené là où tu en es aujourd’hui ?
Mon parcours est assez classique : j’ai commencé très tôt par le dessin, avec un rapport un peu compliqué à l’école. Le dessin était un refuge.
J’ai découvert le graffiti dans les années 90, avec une approche assez contestataire au départ, pas forcément artistique.
Puis je suis revenu progressivement à la peinture et au dessin, jusqu’à construire ce qui est devenu aujourd’hui l’univers de RNST, autour de 2010–2012. À ce moment-là, j’ai aussi fait le choix de montrer mon travail en galerie et de me professionnaliser.
Comment en es-tu venu à travailler entre rue et atelier ?
À la base, mon travail est pensé pour la rue. Le pochoir est devenu un outil évident : il me permet de poser rapidement une image dans l’espace public, tout en gardant une base très dessinée, proche de l’illustration.
L’atelier, c’est autre chose. C’est un espace plus posé, plus construit. Il y a un vrai va-et-vient entre les deux, mais ce ne sont pas du tout les mêmes logiques. Dans la rue, il y a la spontanéité, les contraintes, l’illégalité aussi. En atelier, tu maîtrises tout.

Comment naît une œuvre chez toi ?
Le point de départ, c’est presque toujours l’actualité. Pas pour la décortiquer, mais comme un déclencheur.
Une image, une situation, une saturation d’informations vont provoquer une réaction, une émotion, parfois un coup de gueule. À partir de là, je construis une image, une iconographie.
Ensuite, le travail peut être très réfléchi : certaines idées mûrissent longtemps avant d’être réalisées. Je fonctionne beaucoup comme un illustrateur ou un affichiste, avec une forte dimension graphique.

Technique mixte sur bois _ 100×70 cm
Quelle place occupe l’actualité dans ton travail ?
L’actualité n’est pas un sujet, c’est un point de départ.
Elle déclenche une idée, mais ensuite je m’en détache pour créer autre chose : une image poétique, un décalage, une tension.
Je ne cherche pas à commenter directement le monde, mais plutôt à en proposer une lecture sensible.
Qu’est-ce que tu cherches à provoquer chez le regardeur ?
Je ne cherche pas à imposer un message ou à convaincre. Ce qui m’intéresse, c’est d’interpeller.
Dans la rue, l’image doit capter l’attention, provoquer une réaction, parfois déranger. Mais au fond, ce que je cherche surtout, c’est à toucher quelque chose de plus intime : réveiller une émotion, aller chercher une forme d’enfance intérieure chez chacun.
L’idée, c’est que chacun s’approprie l’image à sa manière.
Quel rapport entretiens-tu avec le public ?
Dans la rue, une fois l’œuvre posée, elle ne m’appartient plus. Elle appartient à ceux qui la regardent, qui se l’approprient ou qui la rejettent.
C’est ça qui m’intéresse : cette liberté de réception.
En atelier, c’est différent. Le travail est plus construit, plus narratif. Mais dans les deux cas,
il y a toujours cette volonté de créer une rencontre.

Technique mixte sur toile _ 130×97 cm
Ton travail est souvent qualifié d’engagé. Comment te positionnes-tu par rapport à ça ?
Je me méfie un peu de cette étiquette. Peindre est déjà un acte engagé en soi.
Je ne fais pas de prosélytisme. Je réagis à des choses, je travaille avec des sujets de société, mais je ne cherche pas à imposer une lecture.
En revanche, je suis fier que mon travail résonne avec certaines causes et qu’il soit sollicité dans des contextes engagés. Ça donne du sens.
Comment ton travail a-t-il évolué ces dernières années ?
Quand j’ai commencé à exposer en galerie, mon langage visuel était déjà assez construit.
Depuis, l’évolution est surtout technique, mais aussi dans la réception du travail. Il y a plus de visibilité, plus de projets, plus de collaborations.
Je continue à creuser les mêmes thématiques, mais avec plus de précision et de maturité.
Sur quoi travailles-tu actuellement ?
Je travaille sur plusieurs projets en parallèle : des expositions, des murs, des collaborations, une rétrospective à venir et un livre en préparation autour de mon travail.
Il y a aussi toute une réflexion autour des supports, que j’explore de plus en plus. C’est une période assez intense.
Si tu devais résumer ton travail en une phrase ?
Est-ce que je peux faire un dessin ?

Sérigraphie sur plaque alu _ 50×70 cm
